Holt…
13 août 2008
Congrès Enfance et familles d’adoption
25 novembre 2007
Le programme : Regards, identités, intégrations 
La place dans la cité
24 novembre 2007
La cité = la ville, donc par extension, la société.
Des apports, des enjeux·
L’adoption comme lieu de citoyenneté et d’ouvertures possibles de la société, comme lieu de métissages et de croisements.
Regard croisés : le regard des autres sur l’adoption, le regard des adoptants et des adoptés sur le monde qui les environne et qui les accueille ou les rejette.
Quels apports de l’adoption dans la société, pour les composantes de la société ?
Quels rôles les adoptants et adoptés ont dans la société ?
Quels enjeux représente l’adoption pour la vie ensemble aujourd’hui ?
Intervention au Congrès EFA
23 novembre 2007
Après avoir eu l’honneur d’être sollicité par l’EFA pour intervenir à l’occasion de ce congrès et après avoir accepté immédiatement, sans hésiter, l’articulation de ce que je souhaitais dire n’a pas été de tout repos dans sa préparation. Le public étant averti et sensible à l’adoption, j’avais la crainte de proposer un discours trop académique, linéaire et simpliste.Il me semble que je devais apporter une vision globale d’une trajectoire de vie en société, la mienne, et évoquer les trois dimensions me paraissant essentielles de la « Place dans la cité » :• l’intégration de son passé dans son cheminement intime et l’assimilation de son monde environnant, • la genèse d’un projet de vie fusionnant avec un projet professionnel,• les prémices de son accomplissement d’être humain dans la cité sous le signe de l’interculturalité. Ainsi, ayant il y a un an vécu les étapes de la création d’une entreprise, j’ai trouvé amusant d’assimiler ce processus d’administration d’entreprise à celui de l’ « administration de la ma vie d’adoptée dans la cité » :
1 – Phase de pré-création : la suite donnée à ma naissance, le début de vie en Corée, à Séoul
2 – Plan de financement de départ : l’adoption, l’arrivée en France, en Aveyron
3 – Phase de post-création : la période de l’enfance, puis celle de la pré-adolescence et de l’adolescence
4- Phase de démarrage : la période de l’après-bac et les années étudiante
5 – Phase de pérennisation : l’entrée dans la vie adulte et la réalisation professionnelle
Phase de pré-création
22 novembre 2007
1 – Phase de pré-création : la suite donnée à ma naissance, le début de vie en Corée, à Séoul
Le 23 septembre 2004, Park so-hyun, Post adoption services, Holt Children’s Services, Séoul, me confirmait que le dossier relatif à ma famille biologique avait été détruit par la police municipale au début des années 80, et m’informait du « planning » des premiers mois de ma vie.Après un furtif passage au bureau de police de Dong Bu, j’ai été placée au Choong Hyun Reception Center le 25 juin 1977, puis gardée au Choong Hyun Baby Home. J’ai été déclarée « adoptable » le 6 mars 1978.
Plan de financement de départ
21 novembre 2007
2 – Plan de financement de départ : l’adoption, l’arrivée en France, en Aveyron
Le 25 avril 1978, mes parents adoptifs signaient la déclaration d’adoption en France, suite aux démarches menées auprès de l’Œuvre de l’adoption, comité de Marseille. Chung-ha Boo, représentant de l’orphelinat Holt, renonçait à aux droits sur l’enfant le 19 mai 1978. Mes parents sont venus me chercher à Séoul sans tarder, … avec un apport en fond propre vraiment conséquent !
Phase de post-création
20 novembre 2007
3 – Phase de post-création : la période de l’enfance, puis celle de la pré-adolescence et de l’adolescence
Nous arrivons au cœur du propos, de la thématique de ce Congrès, avec l’évocation du début de la socialisation. Si la période de l’enfance se déroule communément, sans trop de discrimination, dans un espace social relativement protégé en milieu rural, celle de la pré-adolescence et de l’adolescence s’avère relativement chaotique, caractérisée par des quêtes ou interrogations obsessionnelles, particulièrement pendant mes années lycée. Je relève ici celles qui me semblent symptomatiques de l’adoptée et moins communes aux autres adolescents :
- une incompréhension identitaire, liée aux conditions de l’avènement de l’individu que j’étais, avec l’idée d’une naissance insensée (être abandonné) et d’une existence inutile (être orphelin), la révolte contre ce capital départ pendant la phase de « pré-création » d’inexpérience affective et d’incertitude (être adoptable),
- un désarroi singulier avec le rejet du pays de naissance dans toute son étendue culturelle (survivre à son histoire),
- une dimension psycho-interpersonnelle pénible, avec l’estime de soi corrompue par sa différence physique et la dévalorisation de son corps (assumer son identité) ; ainsi, si la construction identitaire s’élabore dans les intéractions avec les individus, les autres, j’ai très mal supporté ma différence physique, frustrée de ne pas ressembler à mes parents et à mes copains, aux autres,- enfin, la quête latente et peut-être la plus déterminante, la peur de ce qui n’est pas pérenne (trouver sa place), cette peur a eu des résonances -et en a encore-, dans la présentation de soi, dans la gestion de son impression et la gestion du regard des autres.
Ainsi, il m’apparaît que les racines motivationnelles de la présentation de soi sont en ce qui me concerne une estime de soi détériorée et une mémoire de l’abandon fantasmé de manière déraisonnée.
Phase de démarrage
19 novembre 2007
4- Phase de démarrage : la période de l’après-bac et les années étudiante
Celle-ci survient au moment du bac, quand la question de son orientation et de son avenir amène à se poser la question de son existence et de son devenir.Il ne s’agit alors plus de « quêtes » mais de « conquêtes », d’action concrètes relevant du désir de se réaliser en société.Il s’agit de se réapproprier de son histoire personnelle.Je vois deux processus :
- d’abord, un inéluctable processus de « dette imaginaire », en conséquence d’un besoin d’attachement exacerbé et en écho au cadre hyper-sécurisant de la famille adoptive ; un processus psycho-sociologique, celui du désir de continuité du sujet, de sa famille, d’affirmation d’appartenance à une lignée, à une culture, à un imaginaire collectif,
- ensuite, un processus vital et inconscient de créer un monde à son avantage, de se réaliser à son avantage, dans l’équité des rapports et apports adopté/société & société/adopté, un désir de construire du sens et de donner du sens ; un processus que je qualifie de « psycho-culturel », dans la dynamique séparation/intégration sociale et dans celle de la modification de son système de représentation ; cette modification provenant de la « force » de ce qui est installée, la culture d’adoption, et de la « valeur » ou « attention » accordée à ce qui ne l’est pas, la culture d’origine.
Autrement dit, je m’inscris dans la vie sociale en construisant un idéal du moi, en recherchant comment m’autovaloriser dans un rapport entre la différenciation individuelle et la conformation sociale, en recherchant comment m’autonomiser.
Phase de pérennisation
18 novembre 2007
5 – Phase de pérennisation : l’entrée dans la vie adulte et la réalisation professionnelle
Je suis donc un individu concerné par les intéractions sociales, et mon entreprise d’édition est signe de mon activité sociale et moteur de mon épanouissement social et donc psychologique.
Voici ce qui me semble être la dynamique de mon évolution dans la cité. D’abord, une méditation sociale et une intériorisation des connaissances.
J’agis en française (cf Piaget).
Je prends connaissance des règles sociales françaises et de comprends la culture française.
J’interagis aussi avec la culture coréenne dont je m’imprègne par intériorisation, ceci à la sortie de l’adolescence. A cette période, je cherchais un équilibre et j’avais l’impression que ma manière de fonctionner ne me suffisait pas (identification, image de soi et rapport au corps restaient vraiment problématique).
Ensuite, un temps pour l’intéraction sociale avec des perspectives pragmatiques : avoir le bac pour faire des études, trouver ma voie, devenir éditrice, comment devenir éditrice, créer ma maison d’édition…
J’ai appris en licence de Watzlawick que communiquer, être une communicante, m’aiderait à confirmer mon identité. J’ai eu l’idée de communiquer avec les autres à travers une activité d’édition de livres.
J’ai eu l’idée de réaliser un lien social, de créer une dynamique entre trois pôles : les lecteurs de livres de jeunesse, la culture française et la culture coréenne. L’objectif relevait d’une intention fortement marquée : agir et interagir sous le signe de l’interculturalité. Enfin, je commençais à percevoir ce qu’allait être mon identité sociale.
Pour finir et résumer tout l’objet de mon entreprise et de ma manière d’être en société en tant qu’adoptée et à travers des activités professionnelles, il s’agit de :
1. produire du sens, éditer à la française de la culture coréenne, en réutilisant les techniques professionnelles françaises au service de la valorisation d’un contenu venant d’ailleurs,
2. offrir et diffuser, donner au lectorat l’accès à l’interprétation et à la modification de la chose éditée (modification du fait de l’action interprétative),
3. réagir et réactualiser le programme éditorial, ré-envisager l’appréciation de mes choix éditoriaux, donc tenir compte de soi et d’autrui, construire et ordonner sans cesse un patrimoine culturel, sans systématisme ni autoritarisme, respecter la dynamisque de l’influence réciproque, de l’interdépendance que l’éditeur a avec son audience, ses prescripteurs et ses lecteurs.
Synthèse de l’intervention
17 novembre 2007
Ce mystère autour de ma naissance est certainement ce qui aura suscité ma curiosité pour tout ce qui se révèle depuis la France d’inhérent à la culture coréenne. Les questionnements sur mes origines ont été inéluctables. Mes activités au sein de l’association Racines coréennes me l’ont confirmé. Pendant son parcours de vie, mieux connaître son pays d’origine fait partie intégrante de son processus d’épanouissement. Cela vient à nous comme une nécessité, à des âges différents d’une personne à l’autre. Ainsi, depuis toujours, je fais la veille de l’évolution de la Corée. Et depuis une dizaine d’années, je constate une dynamique créative chez la jeune génération d’illustrateurs sud-coréens, une dynamique singulière et vraiment enthousiasmante. La précision esthétique et la fraîcheur de leurs œuvres m’ont convaincu. Les créations coréennes méritaient une audience francophone. Les envisager comme des œuvres d’art, valoriser les plus représentatives du patrimoine culturel coréen et faire voyager celles-ci jusqu’à notre culture française : de cette conviction éditoriale est née le projet de la création d’une maison d’édition immatriculée en septembre 2006. Cette nouvelle activité professionnelle est la résultante de mon cheminement de vie d’adoptée, d’un désir de connaître tout particulièrement l’environnement global de l’enfant coréen que j’aurais pu être. Il s’agit de cerner l’habitus familial et pédagogique en Corée et peut-être de me rendre compte de l’éducation que je n’ai pas eu. Il s’agit de me poser en comparativiste, de croiser deux cultures, d’appréhender ce que j’ai manqué et ce que j’ai reçu, de métisser ma culture et celle des autres, de construire une altérité entre la société et moi. J’avance ainsi dans la construction d’un schéma personnel et intime propre parce que mon entreprise est un lien concret avec mes origines. Je trouve du sens à apporter aux autres l’idée d’une société multiculturelle grâce à mes choix d’albums publiés. Je trouve du sens à combler un vide en travaillant sur un imaginaire esthétique et littéraire, fusionnant les apports de mes deux terres, ma terre d’origine et ma terre d’adoption. Le sens de ma vie, c’est la perfectibilité de mon identité et de celle des autres. Adopter est un acte universel en faveur d’une vie en communauté culturellement plurielle. N’oublions pas que le monde, notre monde, est le produit de la permanente activité des individus, quelque soit leur origine, leur déterminisme, leur idéal. Il me tarde de retourner en Corée, de connaître la réalité et l’activité de leur culture. J’irai le jour où je vivrai l’adoption pleinement comme une chance, et non plus comme une charge…
Téléchargez le texte complet
17 novembre 2007
Congrès national Enfance et familles d’adoption
(http://www.adoptionefa.org)
Marseille, Parc Chanot
Ouverture du congrès (pdf) :
Discours d’ouverture de Janice Peyré, présidente d’EFA
Texte complet de l’intervention (pdf) :
La place dans la cité, intervention du 17 novembre 2007

