Une vérité historique
2 janvier 2008
Pendant l’occupation de la Corée par le Japon lors de la seconde guerre mondiale, près de 200 000 Coréennes ont été kidnappées, déportées, violées, battues, tuées, abandonnées. Peu en ont réchappé, et les survivantes sont restées blessées, physiquement et psychologiquement.
Jung Kyung-a, jeune auteure coréenne, raconte avec ce livre l’histoire vraie de ces «femmes de réconfort», envoyées dans les camps de l’armée japonaise pour y servir d’esclaves sexuelles. Les ouvrages abordant ce sujet douloureux de l’histoire commune du Japon et de la Corée restaient jusqu’ici des travaux académiques et universitaires s’adressant surtout aux chercheurs.
Femmes de réconfort relate les destins poignants d’un médecin japonais chargé de la santé des détenues, d’une fille de colon hollandais et d’une jeune Coréenne, ces deux dernières étant toujours vivantes aujourd’hui. Tout en restant précis et documenté, ce récit expose désormais, par le biais de la bande dessinée, la réalité de ce drame au grand public.
Jung Kyung-a a été lauréate en 2001 du prix Korea Publishing Cartoon Compétition pour son premier manga Padam Padam, qui racontait la vie d’Edith Piaf. En 2003, le conflit en Irak la sensibilise à l’impact des guerres sur les femmes et elle commence à travailler sur Femmes de réconfort.
Extrait du livre :
Comme le titre le révèle, cette bande dessinée est l’histoire des ‘femmes de réconfort de l’armée impériale japonaise. Celle-ci a kidnappé les femmes des pays qu’elle a occupés et en a fait des esclaves sexuelles. Elle a appelé ‘femmes de réconfort’ les proies de ce vaste plan de viol. La guerre est finie mais la vérité sur ces femmes a été bien cachée pendant cinquante ans. Le Japon voulait évidemment étouffer cette affaire et le climat de guerre froide dans la politique internationale a contribué à relativiser les crimes de guerre commis par le Japon.
De plus, les pays victimes de ces crimes, surtout la Corée, ne voulaient pas révéler ce dossier à la libération. Finalement, les Halmuny directement concernées ont dépassé leur humiliation et pris les devants. C’est ainsi que l’affaire des ‘femmes de réconfort’ a pu ressurgir à la surface de l’Histoire.
Ces femmes, qui ont témoigné sur leur passé de victimes en retrouvant leur fierté après la honte et le dégoût de leur personne, incarnaient l’émotion même. Grâce à leur courage, les ‘femmes de réconfort’ de l’armée japonaise sont devenues une réalité désormais connue dans la société.
Mais la réalité d’un fait, après avoir été constatée, risque toujours de tomber dans le piège de la simplification. Ce processus naturel qui empêche la progression de la réflexion n’exclut pas la question des ‘femmes de réconfort’. Les Japonais qui rendent visite aux Halmuny retournent dans leur pays les bras chargés de documents alors que les jeunes Coréens ne prennent pas la peine de se documenter et se contentent d’exprimer tristesse et colère. Les Coréens semblent considérer cette affaire de manière encore superficielle et unilatérale.
La plupart d’entre eux, par exemple, n’accordent d’importance ni aux circonstances sociales et historiques qui ont permis le système des ‘femmes de réconfort’ de l’armée japonaise, ni au fait qu’elles existent toujours dans la société actuelle. Aussi, on ne s’attarde pas sur les erreurs des Coréens qui ont négligé ces événements pendant une cinquantaine d’années après la libération
